Recyclage du plastique : DePoly, technologie prometteuse mais pas solution universelle
« Plus de 90 % des plastiques mondiaux ne sont pas recyclés. Les innovations se multiplient — mais elles ne se valent pas toutes. »
3/18/20266 min temps de lecture
« Plus de 90 % des plastiques mondiaux ne sont pas recyclés. Les innovations se multiplient — mais elles ne se valent pas toutes. »
Le problème structurel : pourquoi recycler le plastique est si difficile
Le textile mondial est sous pression. Le polyester — qui représente aujourd'hui plus de 54 % de la production mondiale de fibres — est omniprésent dans nos vêtements, nos équipements sportifs et nos textiles techniques. Pourtant, moins de 1 % des vêtements collectés en fin de vie sont recyclés en nouvelles fibres textiles. La quasi-totalité finit incinérée ou enfouie.
La cause principale ? Le recyclage mécanique traditionnel — broyer, refondre, re-extruder — dégrade les chaînes polymères à chaque cycle. Après trois à cinq passages, la fibre n'est plus d'une qualité suffisante pour redevenir un vêtement. Ce n'est pas du recyclage en boucle fermée, c'est du downcycling : une spirale descendante vers des usages de moins en moins nobles.
À cela s'ajoute un obstacle fondamental souvent ignoré : le plastique n'est pas un matériau, c'est une famille. Polyéthylène, polypropylène, PET, PVC, polystyrène, polyuréthane — chacun a une chimie propre. Une technologie optimisée pour l'un est souvent inutilisable pour les autres. Il n'existe donc pas, à ce jour, de solution universelle de recyclage.
DePoly : une vraie technologie, une niche bien ciblée
C'est dans ce contexte que la startup suisse DePoly (Valais) attire l'attention. Son approche est fondamentalement différente du recyclage mécanique : plutôt que de refondre le plastique, elle le dépolymérise — elle casse les chaînes moléculaires pour récupérer les briques d'origine.
Le procédé breveté repose sur l'hydrolyse chimique du PET et du polyester, produisant deux monomères purifiés : l'Acide Téréphtalique Purifié (PTA) et le Mono-Éthylène Glycol (MEG). Ces molécules sont chimiquement identiques à celles issues du pétrole — des substituts directs (drop-in) réutilisables sans modification dans les chaînes industrielles existantes.
Ce qui distingue DePoly de ses concurrents (Carbios en France, Eastman aux États-Unis) est technique mais décisif : la réaction se produit à température ambiante, sans pression supplémentaire, avec des produits chimiques courants et non dangereux. La plupart des procédés concurrents nécessitent 150 à 300 °C. De plus, DePoly traite des déchets textiles colorés, mélangés et non lavés — précisément les flux que le recyclage mécanique ne peut absorber.
Les résultats tangibles — et les limites à connaître
Les faits vérifiables à ce jour sont solides :
→ Pilote de 50 t/an opérationnel depuis 2020 ; usine de démonstration de 500 t/an ouverte à Monthey (Valais) en 2025
→ Cycle complet démontré avec PTI : déchets polyester → PTA recyclé → granulés PET → bouteilles soufflées, qualité identique au vierge
→ Réduction des émissions CO₂ jusqu'à 66 % vs PET vierge d'origine fossile
→ Partenariats avec Odlo, Beiersdorf, BASF Venture Capital ; soutien du Fonds InvestEU de l'UE
→ World Economic Forum Technology Pioneer 2024 ; 2e place Top 100 Swiss Startup Award 2025
Mais notre rôle à l'Alliance Internationale de la Biomasse Textile est de vous donner une lecture honnête. Voici donc les limites objectives :
⚠️ Limitation n°1 — Périmètre restreint au PET et au polyester
Le procédé DePoly repose sur la chimie de la liaison ester, spécifique au PET. Il est incompatible avec les polyoléfines (PE, PP) qui représentent ~55 % de la production mondiale de plastiques, ainsi qu'avec le PVC, le polystyrène et le polyuréthane.
⚠️ Limitation n°2 — Échelle encore modeste
500 t/an pour l'usine de démonstration. La première usine commerciale est visée pour 2027, sans capacité annoncée publiquement. À titre de comparaison, Carbios vise 50 000 t/an pour sa première usine industrielle (en cours de construction en France).
⚠️ Limitation n°3 — Équation économique à démontrer
Le PET vierge fossile s'échange entre 0,80 et 1,50 €/kg. La compétitivité du PTA recyclé de DePoly à grande échelle n'a pas encore été démontrée publiquement — c'est le défi central de tout le secteur du recyclage chimique.
« DePoly est une technologie sérieuse et prometteuse pour le polyester textile difficile. Mais la présenter comme une réponse globale au problème plastique serait inexact. »
Et après ? Les pistes les plus prometteuses à horizon 2030
La question que nous posons chez l'Alliance Internationale de la Biomasse Textile est celle qui taraude l'ensemble de l'industrie : existe-t-il une voie vers un recyclage universel, sans résidus, infiniment circulaire ?
La percée la plus significative de 2025 vient de Corée. Le Korea Institute of Machinery and Materials (KIMM) a démontré qu'un procédé de craquage par plasma froid à impulsion ultra-brève convertit directement des plastiques mélangés non triés en éthylène et benzène — les molécules fondamentales de toute la pétrochimie — avec une sélectivité dépassant 70 % et une pureté finale supérieure à 99 %. Aucun résidu charbonneux. Aucun tri préalable. Une ligne de démonstration industrielle est prévue pour 2026.
La voie biologique progresse aussi : des enzymes mutantes (PETase) et des approches CRISPR permettent de convertir le PET directement en bioplastiques. Encore trop lentes pour l'échelle industrielle aujourd'hui, mais à surveiller.
État des lieux comparatif des technologies de recyclage
1. Recyclage mécanique
Plastiques traités : tous types en théorie, mais très limité en pratique aux flux propres et homogènes
Sans résidus : non — déchets résiduels non valorisables
Recyclable à l'infini : non — dégradation de la fibre à chaque cycle (downcycling)
Viabilité industrielle : oui, technologie mature et déployée mondialement
Maturité : pleinement industriel
2. DePoly — hydrolyse chimique du PET/polyester
Plastiques traités : PET et polyester uniquement (textiles, bouteilles, emballages)
Sans résidus : oui — produit des monomères purifiés réutilisables tels quels
Recyclable à l'infini : oui — les monomères récupérés peuvent être repolymérisés indéfiniment
Viabilité industrielle : en cours de validation — première usine commerciale ciblée en 2027
Maturité : usine de démonstration opérationnelle à Monthey (Suisse) depuis 2025
3. Dépolymérisation enzymatique — Carbios et équivalents
Plastiques traités : PET uniquement
Sans résidus : oui — conditions douces, haute sélectivité
Recyclable à l'infini : oui — mêmes monomères récupérés
Viabilité industrielle : en cours — première usine industrielle en construction en France (50 000 t/an visées)
Maturité : stade pilote avancé
4. Pyrolyse classique
Plastiques traités : PE, PP, PS principalement — pas le PET ni le PVC
Sans résidus : non — production inévitable de résidus charbonneux (char)
Recyclable à l'infini : partiel — l'huile de pyrolyse peut remplacer le naphtha pétrochimique
Viabilité industrielle : oui, technologie industriellement déployée
Maturité : industriel, mais qualité variable selon les flux
5. Gazéification plasma
Plastiques traités : tous types, y compris les flux très hétérogènes et contaminés
Sans résidus : oui — produit un syngas (CO + H₂) et un laitier vitrifié inerte utilisable en construction
Recyclable à l'infini : oui — le syngas est reconvertible en nouvelles molécules plastiques
Viabilité industrielle : partielle — consommation énergétique élevée à résoudre
Maturité : stade pilote industriel
6. Plasma froid — percée KIMM (Corée, 2025)
Plastiques traités : tous types, sans tri préalable
Sans résidus : oui — pas de résidus charbonneux grâce à l'impulsion ultra-brève
Recyclable à l'infini : oui — produit directement de l'éthylène et du benzène, briques de toute la chimie des plastiques
Viabilité industrielle : à démontrer — ligne de démonstration prévue en 2026
Maturité : stade R&D avancé — résultats publiés en 2025, pureté >99 %, sélectivité >70 %
La conviction de l'Alliance : concevoir pour recycler
Le recyclage en fin de vie, aussi performant soit-il, ne peut être la seule réponse. La vraie révolution est en amont : concevoir des textiles dont la composition chimique permet une dépolymérisation propre, sur commande. Cela signifie éliminer les substances qui inhibent le recyclage chimique, favoriser les structures monomatériau, et intégrer la recyclabilité dans les cahiers des charges dès la conception.
C'est précisément le sens de notre certification FiberForever™ : un référentiel qui évalue non seulement les pratiques actuelles des entreprises, mais aussi leur trajectoire vers une circularité complète — y compris la recyclabilité des matières utilisées.
DePoly mérite l'attention et le soutien de la filière polyester. La technologie plasma froid ouvre une perspective plus universelle pour la décennie à venir. Mais la solution durable au défi plastique se construira collectivement — par l'innovation technologique autant que par une conception responsable dès l'origine.
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Sources : DePoly SA (depoly.co), World Economic Forum 2024, Swiss Startup Award 2025, KIMM Cold Plasma Research 2025, Carbios rapports 2024-2025, Ellen MacArthur Foundation, analyses Alliance Internationale de la Biomasse Textile.
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